À l’heure où la plupart d’entre nous brave les intempéries, affronte le froid, la pluie, le vent, et renonce aux chocolats pour parfaire sa condition physique, une question cruciale se pose, qu’elle vienne de nos proches ou que nous nous la posions à nous-mêmes : « Pourquoi fais-tu ça ? ».  Certes, l’entraînement est une routine inscrite dans nos corps et son absence nous démange, d’autant que désormais le nouvel Argon 18 E119 tri + trône dans le salon ou au-dessus du lit de chacun  et ne cesse de nous faire de l’œil.

Mais nous savons tous que le corps ne peut fonctionner longtemps si nous ne nous sommes pas préparés mentalement. C’est pourquoi l’intervention de Pierre Cochat le 27 mars dernier auprès des athlètes du team sur la préparation mentale et la motivation ne pouvait pas mieux tomber. Ce spécialiste a eu le mérite, au-delà de ses principes et de ses techniques que certains d’entre nous ont pu, au moins empiriquement exploités, de rappeler quelques points essentiels.

 

La préparation mentale ne doit pas être conçue comme guérison mais comme prévention

 

« La motivation est ce qui pousse un individu à agir dans une direction avec une intensité donnée ». Autant dire que la direction et l’intensité ne peuvent être déterminées que si la cible a été identifiée en amont. La préparation mentale doit donc précéder et conditionner la préparation physique, surtout pour nous, « amateurs » au sens noble du terme, qui ne faisons pas de la performance un travail, mais un loisir, et qui devons gérer en parallèle vie professionnelle et familiale. C’est le sens et la valeur que nous donnons au préalable à notre pratique et à nos objectifs qui en conditionneront la réussite.

 

 

Travailler le mental et la motivation, c’est être l’auteur de sa performance au lieu de la subir. 

Sachant que nous ne pouvons anticiper ou occulter tous les facteurs de la performance (famille, travail, blessure, conditions climatiques, soucis techniques, etc.), il s’agit de se concentrer sur ce qui dépend de nous (petite référence bibliographique stoïcienne à lire absolument : le Manuel d’Epictète qui, comme son nom l’indique, tient dans la main et probablement dans la bentobox !). Si nous ne pouvons pas tout maîtriser, nous pouvons au moins maîtriser nos représentations. Exercices de relaxation, sophrologie, visualisation, PNL (programmation neurolinguistique) permettent de contrôler efficacement la perception de l’effort, ou la gestion du stress dont on sait qu’il a des conséquences certaines et quantifiables sur la performance. De manière générale, le but est de gagner en autonomie et en confiance : ne pas se laisser submerger par les émotions négatives avant, pendant et après la course en ayant recours à des techniques de respiration ou d’images mentales positives.

 

La préparation mentale doit permettre de comprendre le sens de notre pratique et en éprouver du plaisir

 

Le sport, et le triathlon longue distance en particulier, est comme une exacerbation de la vie, avec ses joies et ses peines décuplées. Les risques, les enjeux, et les conséquences y sont d’autant plus importants que le but est élevé et lointain. Insister sur la préparation mentale, c’est reconnaître que c’est par l’esprit qu’on échoue, et non par le corps. Comprendre pourquoi et pour qui l’objectif a de la valeur, c’est s’assurer de le vivre pleinement et d’assumer une éventuelle contre-performance. Comme dirait Spinoza, « le bonheur n’est pas la récompense de la vertu mais la vertu elle-même » ; traduit dans notre contexte, le plaisir ne doit pas être la récompense de nos efforts, comme si ceux-ci n’étaient que sacrifice et privation, mais l’effort lui-même. Si l’objectif est choisi, pensé, réfléchi, c’est autant le chemin qui y mène que le résultat qui sera vécu comme un enrichissement, et en cas d’échec, celui-ci sera plus facilement assimilé. Il faut, dans la recherche de la performance, connaître la part de plaisir personnel (apprentissage, connaissance de soi, progrès) qui ne dépend pas des autres, et la part inévitable de reconnaissance, de récompense, de satisfaction objective de l’ego.

 

En définitive, et n’en déplaise à certains, nous ne sommes pas des machines, ni de simples « moteurs ». Et ce qui vient enrayer la machine corporelle, c’est justement l’esprit. La machine ne sait pas, ne comprend pas, n’apprécie pas ce qu’elle fait. La préparation mentale, au-delà d’une optimisation de la performance, donne une valeur ajoutée à la pratique sportive : c’est par la réflexion et la gestion de mes émotions que je peux espérer éprouver, le jour de la course, une joie exceptionnelle (le fameux « flow », ou ce sentiment d’ « être dans la zone »). Mais avoir une représentation claire de ses objectifs, en comprendre le sens et la valeur, c’est aussi adopter une pratique harmonieuse dans laquelle je ne lutte pas contre les éléments ni contre les autres, mais avec eux pour me surpasser et mieux me connaître.

 

par J.C. Holzerny

 

Illustration par Pierre Coachat : http://performanceetcoaching.fr/pierre-cochat-coach-certifie/